PREMIÈRE LECTURE

JEUDI, 2ÈME SEMAINE DU CARÊME

« Ainsi parle le Seigneur : ‘Maudit soit l’homme qui me sa foi dans un mortel, Qui s’appuie sur un être de chair Tandis que son cœur se détourne du Seigneur Il sera comme un buisson sur une terre désolée, Il ne verra jamais venir le bonheur’ »

Jérémie 17,5-10.

J’ai souvent dit que les premiers chapitres du livre de Jérémie manifestent quelque chose comme la grande perplexité de Dieu. Il a tout fait pour son peuple, il l’a sorti d’Égypte (Jérémie 2,6), établi dans un pays où coulent le lait et e miel (2,7), il l’a doté d’une loi qui est une loi de vie et de paix… Et ce peuple n’a jamais cessé de le trahir, de se laisser entraîner vers des dieux qui n’en sont pas (2,27), de rejeter le droit (5,1-3) et d’être infidèle à la loi de l’Alliance (11,1-8).

Ce qui me frappe, voyez-vous, c’est que les reproches de Dieu, sévères, sont destinés à son peuple, à ceux qu’il a choisis, et à qui il a tout donné. Ce sont ceux qui le connaissent ! « Leur cœur se détourne du Seigneur ! » (17,5). Ainsi, le prophète, loin d’incriminer le reste du monde pour les difficultés de son peuple, l’invite à un véritable examen de conscience. Il n’est pas en train de dire que le monde (extérieur) va de plus en plus mal. Il rappelle à ceux à qui Dieu a montré son amour, ce monde (intérieur) des croyants, qu’abandonner le Seigneur ne peut les conduire qu’à la désolation : « Il sera comme un buisson sur une terre désolée ».

Ma confiance, je ne dois la donner qu’au Seigneur. Ni aux choses de la terre, ni à moi-même, mais à Dieu seul. Lui seul peut m’arracher à cet être de misère et de péché que je ne cesse d’être (cf. Romains 7,24).

J’ai là tout le sens du carême. Un temps d’examen, de contrition, de repentance, d’humiliation du cœur. Et Dieu sait que mon cœur est capable de tout, et du pire, alors même que je veux vivre pour Lui ! « Rien n’est plus faux que le cœur de l’homme, il est incurable. Qui peut le connaître ? » (17,9). Cette parole est terrible ! Faut-il que Dieu soit déçu pour faire dire cela à son prophète…

Qui le connaît, ce cœur ? Son auteur, Dieu. Il le connait si bien qu’il en sait toutes les faiblesses, mais aussi tous les sourires, la rage de vivre que ce cœur impulse à nos êtres fragiles. Cependant, parce qu’il le connaît dehors et dedans, Dieu ne désespère jamais de nous, de notre cœur. Il le pénètre et le scrute, mais toujours avec amour, avec une étonnante compassion, sans jamais se lasser de l’inviter, de le tenir à bout de bras, de vouloir son salut.

Le meilleur garant de notre avenir de lumière, c’est notre Dieu. Qui pourrions-nous craindre, nous qui sommes de SA main et de SON amour

Seigneur, tu connais mon cœur, et tu me connais. Tu m’aimes et tu as confiance dans la possibilité, en Toi, d’atteindre la sainteté et de la répandre. Ne tarde plus. Viens au secours de ma faiblesse, et simplifie en moi ce qui est trop compliqué pour moi et pour les autres.

Mgr Emmanuel Lafont